
À
Saint-Rémy-de-Provence,
Sylvestre
Wahid
rouvre
une
maison,
une
adresse
qui
a
déjà
vécu
plusieurs
vies.
Il
faut
parfois
s’éloigner
pour
mieux
revenir.
C’est,
en
creux,
l’histoire
que
raconte
aujourd’hui
Sylvestre
Wahid
en
reprenant
le
Mas
de
l’Amarine,
à
Saint-Rémy-de-Provence.
Le
lieu,
lui,
n’a
rien
d’un
simple
décor.
Mas
agricole
de
la
fin
du
XVIIIe
siècle,
posé
sur
la
roche,
il
se
déploie
en
différents
niveaux,
ouverts
sur
les
Alpilles.
On
y
monte,
on
y
descend,
on
passe
d’un
espace
à
un
autre
comme
dans
un
paysage.
Dehors,
les
cyprès,
les
platanes,
les
pierres
chauffées
par
le
soleil.
Dedans,
une
lumière
étonnante,
presque
inattendue
pour
une
maison
de
cette
époque.
Très
tôt,
la
propriété
attire
les
artistes.
Dans
les
années
cinquante,
Roger
Bezombes
en
fait
l’acquisition.
Peintre,
sculpteur,
décorateur,
proche
d’Albert
Camus,
il
imprime
au
lieu
une
identité
forte.
Sa
mosaïque
monumentale,
multicolore,
posée
au
sol
comme
une
pièce
centrale,
en
reste
aujourd’hui
le
témoignage
le
plus
spectaculaire.
Plus
tard,
le
compositeur
Bernard
Parmegiani
y
installe
son
studio,
face
aux
Alpilles.
Le
Mas
devient
alors
un
lieu
de
création,
presque
à
l’écart
du
monde,
où
l’on
travaille,
où
l’on
pense,
où
l’on
prend
le
temps.
Cette
mémoire
artistique,
loin
d’être
figée,
continue
de
traverser
les
murs.
UNE
MAISON
D’AMIS
AVANT
TOUT
En
2011,
Alice
Monnier
et
Bernard
Coloma
reprennent
le
Mas
de
l’Amarine.
Ils
ne
cherchent
pas
à
en
faire
un
hôtel
classique,
mais
plutôt
une
maison
ouverte.
Une
maison
d’amis.
On
y
vient
en
famille,
entre
proches,
pour
quelques
jours.
Les
déjeuners
se
prolongent,
les
enfants
courent
dans
le
jardin,
les
soirées
s’étirent
autour
d’une
table.
Le
lieu
garde
quelque
chose
de
simple,
presque
évident,
comme
un
refuge
où
l’on
revient.
C’est
dans
ce
cadre
que
Sylvestre
Wahid
prend
ses
habitudes.
Depuis
des
années,
il
y
séjourne
régulièrement.
Loin
des
cuisines,
loin
des
attentes,
il
y
trouve
un
espace
pour
réfléchir,
pour
ralentir,
pour
se
reconnecter.
Alors,
lorsque
vient
le
moment
de
transmettre,
la
décision
se
fait
sans
effet.
Presque
naturellement.
UN
CHEF
AU
MOMENT
JUSTE
Le
parcours
de
Sylvestre
Wahid
est
celui
d’un
chef
forgé
dans
l’exigence,
construit
au
fil
des
grandes
maisons
et
des
rencontres
déterminantes.
Formé
auprès
de
Thierry
Marx
puis
d’Alain
Ducasse,
passé
par
des
tables
emblématiques,
doublement
étoilé,
il
s’est
imposé
comme
l’une
des
signatures
les
plus
sensibles
de
la
gastronomie
contemporaine.
Une
trajectoire
solide,
mais
jamais
figée,
toujours
en
mouvement.
Sa
cuisine
repose
sur
des
fondamentaux
simples
mais
rigoureux :
le
produit,
la
cuisson,
la
précision.
Une
cuisine
de
saison,
profondément
ancrée
dans
le
territoire,
où
la
technique
et
le
goût
avancent
de
concert,
dans
une
recherche
constante
d’équilibre.
À
cette
exigence
s’ajoute
aujourd’hui
une
lecture
plus
contemporaine,
attentive
à
une
forme
de
légèreté :
réduction
du
sel,
du
sucre
et
des
matières
grasses,
mise
en
avant
de
produits
sains,
travail
sur
les
infusions,
les
textures,
les
équilibres
naturels.
Une
cuisine
qui
cherche
moins
à
impressionner
qu’à
trouver
le
point
juste.
Mais
une
carrière
ne
se
lit
pas
seulement
à
travers
ses
succès.
Elle
se
construit
aussi
dans
ses
ruptures.
Après
Courchevel,
après
les
Alpes,
après
une
période
marquée
par
l’épreuve,
le
Mas
de
l’Amarine
s’impose
comme
un
point
de
bascule.
Non
pas
un
nouveau
chapitre,
mais
une
autre
manière
d’écrire
la
suite.
HABITER
LE
LIEU,
PLUTÔT
QUE
L’IMPOSER
Ici,
Sylvestre
Wahid
ne
vient
pas
créer
un
concept.
Il
vient
habiter
une
maison.
Le
Mas
se
compose
aujourd’hui
de
six
chambres,
chacune
baptisée
du
prénom
d’un
neveu
ou
d’une
nièce
de
Sylvestre
Wahid,
comme
pour
inscrire
la
maison
dans
une
histoire
familiale,
presque
domestique.
Toutes
différentes,
elles
mêlent
volumes
généreux,
salons
ouverts,
baignoires
profondes
et
vues
sur
le
jardin
ou
les
reliefs
des
Alpilles.
À
l’extérieur,
un
jardin
de
5000m2,
un
bassin
de
pierre,
une
piscine
chauffée,
un
pool
house.
Autant
d’espaces
pensés
pour
ralentir.
Le
service,
lui,
emprunte
aux
codes
de
l’hôtellerie
haut
de
gamme.
Personnel
dédié,
attention
au
détail,
possibilité
de
massages,
accompagnement
sur
mesure
sur
place.
Mais
l’esprit
reste
celui
d’une
maison.
Celui
des
grandes
maîtresses
de
maison,
où
l’on
reçoit
avec
précision,
sans
jamais
appuyer
le
geste.
On
peut
y
séjourner.
On
peut
y
venir
pour
un
repas.
On
peut
y
organiser
une
fête,
un
moment,
un
événement.
Mais
surtout,
on
y
est
reçu.
DEUX
TABLES,
DEUX
RESPIRATIONS
Au
cœur
du
projet,
la
cuisine
s’exprime
en
deux
temps.
Le
restaurant
gastronomique,
Le
Sylvestre,
ouvre
début
mai.
Une
salle
largement
vitrée,
tournée
vers
les
Alpilles,
où
le
paysage
devient
un
élément
du
repas.
La
cuisine
y
dialogue
entre
deux
territoires
chers
au
chef :
les
Alpes
et
la
Provence.
Trois
menus
sont
proposés,
accompagnés
d’accords
mets
et
vins,
ainsi
que
d’un
pairing
alternatif,
autour
d’infusions,
de
boissons
fermentées
et
de
compositions
plus
légères.
Le
lieu
se
décline
en
plusieurs
espaces :
la
salle
principale,
un
salon
privé,
et,
plus
singulier
encore,
une
table
installée
dans
une
cave
creusée
dans
la
roche,
comme
une
grotte.
Une
parenthèse
plus
confidentielle,
au
cœur
de
la
pierre,
où
la
cave
à
vins
dévoile
une
sélection
particulièrement
pointue,
réunissant
certains
des
plus
beaux
domaines
de
France.
À
partir
du
1er juin,
Alya’s
Garden
propose
une
autre
lecture.
Une
cuisine
plus
libre,
plus
directe,
plus
spontanée.
Une
base
française,
traversée
d’influences
pakistanaises
et
asiatiques.
Une
table
pensée
pour
le
partage,
pour
le
moment,
pour
une
forme
de
simplicité
maîtrisée.
Deux
tables,
deux
rythmes,
une
même
intention :
celle
de
ne
jamais
dissocier
la
cuisine
du
lieu.
ENTRE
MÉMOIRE
ET
RENOUVEAU
Au
Mas
de
l’Amarine,
rien
n’a
été
brusqué.
La
mosaïque
de
Bezombes
est
toujours
là,
comme
les
pierres,
les
volumes
et
la
lumière,
les
cyprès,
le
mistral
et
les
saisons,
le
lieu
conserve
ce
qu’il
a
toujours
été
Ce
qui
change
tient
davantage
au
regard.
Sylvestre
Wahid
ne
transforme
pas
la
maison,
il
s’y
installe,
prolonge
un
fil
déjà
existant
avec
son
exigence,
son
rythme
et
sa
manière
de
recevoir
Le
Mas
reste
une
maison
vivante,
simplement,
aujourd’hui,
elle
se
lit
aussi
à
travers
une
cuisine.



