M6 lance « Alerte à l’hôtel : 30 jours pour tout relancer » : des clichés, encore des clichés – TendanceHotellerie

Encore
une
émission
destinée
à
faire
de
l’audience
et
uniquement
de
l’audience :
on
caricature
une
pauvre
femme
aveuglée
par
son
travail,
on
ne
publie
que
les
séquences

elle
paraît
totalement
nulle,
des
« experts »
galactiques
interviennent
et
hop,
d’un
coup
de
baguette
magique,
tout
repart.

Parlons
des
experts
galactiques

On
a
donc
un
homme
et
une
femme
pour
piloter
cette
émission.

Je
participe
à
des
conférences
hôtelières
en
Europe,
Moyen
Orient
et
Etats
Unis
depuis
plus
de
20
ans,
et
je
n’ai
jamais
entendu
parlé
ni
de
l’un,
ni
de
l’autre.
Ceci
dit,
on
a
déjà
réussi
à
me
dire
que
je
connais
pas
l’hôtellerie…

Pour
la
femme,
M6
la
présente
comme
ayant
racheté
un
établissement
en
difficulté
puis
l’aurait
redressé.
Des
sources
mieux
documentées
disent
que
l’établissement
a
été
racheté
par
sa
famille
et
qu’elle
y
a
joué
un
rôle
important.
Avec
un
zeste
d’honnêteté,
on
peut
donc
dire
qu’elle
est
Directrice
Générale
de
l’hôtel
familial
et
entrepreneure
hôtelière
belge.
C’est
déjà
pas
mal,
par
contre
est-ce
suffisant
pour
en
faire
une
star
de
la
TV
ou
une
experte
mondiale
de
l’hôtellerie ?

L’homme
est
une
vraie
star
de
télé
en
Angleterre.
Il
s’agit
d’un
français
qui
fait
des
émissions
de
TV
sur
la
restauration
et
l’hôtellerie,
après
avoir
travaillé
et
dirigé
un
restaurant
étoilé
en
Angleterre.
L’expérience
en
étoilé
Michelin
anglais
est
super,
par
contre
est-ce
que
ça
sert
dans
un
hôtel
modeste
sans
gastronomie
en
France ?

Les
hôtels
dans
le
viseur

Le
1er
hôtel

j’ai
vu
l’émission

est
un
petit
hôtel
non
classé
de
17
chambres
en
région
parisienne,
en
piteux
état.
Avec
quelques
travaux,
peut-être
pourrait-il
atteindre
le
classement
hôtelier
2
étoiles.

17
chambres,
en
Île-de-France,
non
classé :
autant
dire
un
hôtel
dont
l’avenir
est
comptablement
improbable,
et
je
pèse
mes
mots.
Imaginons
qu’il
se
mette
à
bien
marcher
avec
des
chiffres
durs
à
réaliser
à
ce
stade :
70%
de
TO
annuel,
un
prix
moyen
de
100

HT
(110

TTC).
On
arrive
à
environ
434
k€
de
CA
annuel
pour
payer
tout
le
personnel,
le
loyer,
les
charges,
le
marketing
et
rembourser
le
capital.
La
propriétaire
viendra
après
tout
ça,
alors
autant
dire
qu’il
ne
va
pas
rester
grand
chose.

Des
pistes

La
multiplication
des
normes
et
la
pression
du
marché
rendent
les
petits
établissements
hôteliers
impossibles
à
rentabiliser.
D’ailleurs
les
études
récentes,
notamment
celle
du
GHR,
montrent
que
les
petits
hôtels
sont
en
mode
dégradation
avec
une
énorme
majorité
de
patrons
qui
veulent
vendre
et
cessent
d’y
investir,
allant
droit
dans
le
mur.

Peut-on
sauver
un
hôtel
équivalent
2*
de
15-20
chambres
et
en
mauvais
état
en
dehors
d’une
grande
ville ?
En
hôtel
pur
et
au
standard
hôtelier
classique,
c’est
mission
impossible.

Sans
doute
y-a-t-il
moyen
de
le
transformer
en
meublé,
à
moindre
coût
même
s’il
faut
installer
une
cuisinette
de
donner
un
coup
de
propre,
mais
en
diminuant
impérativement
le
personnel
à
une
personne
pour
le
ménage
à
temps
partiel
et
le/la
gérante
qui
fait
la
commercialisation.
Sans
doute
faudra
t-il
diminuer
le
nombre
de
chambres
au
passage.
En
dehors
de
ce
schéma,
la
rentabilité
est
d’office
inexistante.

Une
autre
solution
est
de
monter
en
gamme :
un
5*
de
20
chambres
peut
être
viable
pour
quelques
temps
encore,
mais
combien.
Sauf
qu’une
chambre
2*
de
10-12m2
ne
suffit
pas
en
5* !
Quant
aux
investissements
nécessaires,
il
sont
pharaoniques.

Conclusion

Voici
une
superbe
démonstration
de
ce
qu’est
un
« piège
à
clics »,
une
émission
destinée
à
générer
de
l’audience
sur
le
dos
d’une
pauvre
femme
en
détresse
et
dont
l’entreprise
n’a
aucune
perspective
à
5
ou
10
ans,
sauf
si
la
Tour
Eiffel
venait
à
s’installer
dans
son
village.

Le
pire,
c’est
que
les
téléspectateurs
en
mode
1er
degré
vont
devenir
des
experts
en
hôtellerie
eux
aussi,
juste
parce
qu’ils
auront
regardé
l’émission.
Ce
sont
tous
les
hôtels
qui
vont
y
être
confrontés !